Le GDR Diplomatique
Un GDR est un groupement de recherches, soit la réunion d'équipes de recherches du CNRS et/ou d'autres établissements d'enseignement et de recherche. Ce GDR est dédié aux recherches en diplomatique médiévale.
La diplomatique est "la science qui étudie la tradition, la forme et l'élaboration des actes écrits. Son objet est d'en faire la critique, de juger de leur sincérité, d'apprécier la qualité de leur texte, de dégager des formules tous les éléments du contenu susceptibles d'être utilisés par l'historien, de les dates, enfin de les éditer" (Vocabulaire international de la diplomatique). Fondamentalement, la diplomatique est donc la science des actes écrits, c'est-à-dire des écrits où se trouvent consignés "soit l'accomplissement d'un acte juridique, soit l'existence d'un fait juridique, soit encore éventuellement un fait quelconque dès lors que l'écrit est rédigé dans une certaine forme propre à lui donner validité" (ibidem).
(extrait de O. Guyotjeannin, J. Pycke et B.-M. Tock, Diplomatique médiévale, Turnhout, 1993 [L'atelier du médiéviste], p. 15).
Depuis quelques années, cette discipline, considérée jusqu'ici comme "science auxilaire de l'histoire", trouve de nouvelles voies d'expression et de recherche, s'ouvrant plus que jamais à l'histoire sociale, l'histoire culturelle, l'histoire des institutions et des pouvoirs. C'est dans ce cadre renouvelé que le GDR mène ses travaux.
Historique
En 2007, sur la suggestion du directeur scientifique adjoint des SHS, M. B. Laurioux, un groupement de recherches du CNRS fut constitué sous la direction de P. Bertrand. Il s’agissait de réunir tous les spécialistes en diplomatique en France, de promouvoir le dialogue et les échanges ; il s’agissait aussi de donner un cadre de référence et de travail, un lieu de discussion et de concertation aux recherches consacrées aux pratiques de l’écrit, particulièrement soutenues ces dernières années. Par là-même, c’est la défense d’une discipline fondamentale de l’histoire, la diplomatique comme science, qui est remise à l’honneur et trouve de nouvelles déclinaisons. S’il est un peu excessif de dire qu’elle est ainsi renouvelée, elle touche du moins un public nouveau, et on se met à espérer que ce GDR suscitera l’éclosion de nouvelles vocations, de nouveaux diplomatistes.
Le défi est important, dans une Europe de la recherche qui accorde de moins en moins de place à ces sciences fondamentales, moins par désintérêt que par manque de crédits ou par épurations universitaires. La France a la chance de posséder encore un vrai réseau de diplomatistes : on espère que la dynamique initiée par le GDR trouvera un écho hors des frontières nationales.
En juin 2008, le GDR reçoit son enveloppe financière et démarre ses travaux, autour d’un conseil de direction scientifique composé de huit équipes qui touchent à des laboratoires importants : la section de diplomatique de l’Institut de recherche et d’histoire des textes (UPR 841 du CNRS), l’équipe d’accueil 3624 « Histoire, mémoire et patrimoine » de l’Ecole nationale des chartes, l’équipe « Textes et corpus : typologie et numérisation-textes de la pratique » du Laboratoire de médiévistique occidentale de Paris (UMR 8589 du CNRS), liée à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes, la section des textes diplomatiques de l’Unité « Moyen Âge » UMR de l’université de Nancy II (ARTeM, UMR 7002 du CNRS), l’équipe « pouvoirs, administration et écrits pragmatiques » du laboratoire Histoire et archéologie des mondes chrétiens et musulmans médiévaux de l’université de Lyon II (UMR 5648 du CNRS), l’équipe Chartae Burgundiae Medii Aevi du laboratoire ARTeHIS de l’université de Dijon (UMR 5594 du CNRS), l’ équipe « Données textuelles et production documentaire dans la Normandie médiévale » du Centre de recherches archéologiques et historiques anciennes et médiévales de l’université de Caen (FRE 3119 du CNRS), l’équipe d’accueil 2449 « pratiques de l’écrit diplomatique », Centre d’études sur l’Etat, la Société et la Religion en Europe, Moyen Age et Temps modernes, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines. Des équipes bigarrées, d’horizons universitaires et scientifiques très différents, et donc une vraie richesse scientifique.
De nouvelles équipes s'agrègeront à coup sur à ce noyen existant, de même que pourront être accueillis de manière ponctuelle d'abord d'autres chercheurs français et étrangers.
Missions
Les objectifs du GDR "diplomatique" sont les suivants:
- Intensifier les relations entre spécialistes de la diplomatique, conçue comme la science qui étudie l'authenticité, la tradition, la forme et l'élaboration des actes écrits ; en particulier, favoriser la circulation et la diffusion de l’information scientifique et la mise en place de projets communs.
- Renforcer le dialogue des diplomatistes avec des historiens venus d'autres horizons mais comme eux soucieux de mieux comprendre et interroger l'écrit diplomatique médiéval: la prise en compte plus forte par nombre d'historiens de l'approche "diplomatique" des actes écrits rend plus nécessaire que jamais la mise en place d'une structure de rencontre et de dialogue.
Les thématiques pressenties témoignent du renouvellement de la science diplomatique: elles recoupent des axes historiographiques de pointe et d’autres disciplines de l’érudition. Ainsi, les études sur l’espace, le temps (la chronologie), la matérialité des documents (la codicologie), leur construction et déconstruction... ainsi, l’approche de documents jusqu’ici moins étudiés par les diplomatistes (documents comptables et de gestion, copies modernes…).
Axes de recherche
1. Lectures, réceptions et usages de l'acte écrit médiéval, des origines au XIXe siècle
Ce thème très large entend replacer le matériau diplomatique dans un continuum très long. Axe essentiel du GDR, colonne vertébrale des recherches qui y seront menées, il veut étudier la longue vie des actes, copiés, inventoriés, analysés, commentés, repris, remployés, réécrits, remaniés, des origines aux siècles les plus récents… Cet axe s’attache à la réception des documents diplomatiques, puis à leur utilisation comme modèle, leur rôle comme preuve (au sens juridique ou au sens « mémoriel », dans les procès comme dans les politiques d’affirmation de pouvoirs), voire, pour les siècles modernes, la construction d’un discours savant sur les actes : ce qu’on en attend, ce qu’on en dit, ce qu’on en fait, à tous niveaux d’usage (aussi bien les praticiens du quotidien que les théoriciens juristes).
2. L’acte et le temps. Dates, datations et expressions du temps.
Le document diplomatique s’inscrit dans deux dimensions, des « coordonnées » de lieu et de temps ; composantes essentielles de l’action juridique et donc de l’acte diplomatique. La "date de temps" de l'acte médiéval est bien connue déjà pour sa variété (de l'absence totale à la suraccumulation de données) et comme possible indicateur d'histoire politique. Le matériau par sa masse autorise de vastes opérations de comptage, qui sont jusqu'ici demeurées timides ; il exige à la fois des ouvertures et des comparaisons (pratiques savantes et sensibilités quotidiennes, évolution des calendriers) et une stricte remise en contexte diplomatique (usages des rédacteurs, traditions, statut de la date comme une "formalité"). L'enjeu sera donc d'élaborer, mais avec précaution, des données sur l'histoire de la perception du temps, mais aussi en retour sur le rôle de l'acte. On interrogera donc les usages de la date (les actes non datés, les actes "incomplètement" datés, les actes "luxueusement" datés, la re-datation a posteriori, la date de l'heure..) et les modes d'expression (la résistible ascension de l'ère chrétienne ; les styles ; les datations liturgiques et la lente affirmation du quantième...). Mais cet axe se penchera aussi sur le temps tel qu’employé ou caractérisé par les acteurs/auteurs des documents eux-mêmes : la référence à des évènements datés, à des moments-jalons de l’histoire vécue ; les « temps » employés dans les documents : passé, présent, futur ? et leur mise en relation avec le contenu juridique et diplomatique… L’acte est-il de son temps ? en effet, il doit gérer présent et permanence, passé et futur (archaïsmes volontaires et involontaires de la production diplomatique ; l'acte comme lieu d'innovation).
3. L’acte et l’espace. La circulation des documents et des modèles.
Autre coordonnée essentielle : l’espace. Ici aussi, un axe particulier lui sera dédié. C’est un thème multiforme, il recouvre plusieurs centres d'intérêt, notamment: la circulation matérielle des actes, dans le cadre de leur obtention (par ex. le cas des lettres pontificales), de leur utilisation (à titre de preuve présentée devant une instance), ou de leur diffusion (information entre établissements, entre partenaires) ; les actes d'accompagnement du voyageur (lettres de créance, sauf-conduits, etc.) ; la circulation des modèles (vecteurs, zones d'influence, échanges d'influence..) ; sans oublier la circulation des disposants eux-mêmes et de leurs chancelleries (légats pontificaux, chancelleries royales ou princières).
4. Diplomatique des documents comptables et de gestion.
Des initiatives concordantes mais encore isolées commencent à appliquer concrètement un programme d'exportation du questionnaire classique de la diplomatique, éprouvé sur les diplômes et les chartes, à l'ensemble des documents de gestion - comptes, enquêtes, documents fiscaux et féodaux, registres de délibération... - qui constituent des périphéries plus ou moins volumineuses des chartriers médiévaux. Elles ont déjà montré que l'étude systématique et comparée du support, de la mise en page, de la langue, de l'organisation interne, peut déboucher sur un corpus de données dont les caractères, l'évolution, l'imitation constituent autant d'indices sur les pratiques gestionnaires, l'appréhension du monde, les outils et les visées du contrôle des hommes, des biens, du pouvoir. On entend faire un état des lieux, promouvoir des recherches nouvelles, réfléchir aussi sur les promesses et limites de cette extension de la discipline.
5. La matérialité des documents d’archives (approches paléographiques, codicologiques, iconographiques…).
Est concernée ici principalement une approche "archéologique" du document diplomatique en tant qu'objet matériel, en relation avec les diverses étapes de sa (longue) vie: genèse et validation, traces d'usage et d'archivage. Tous les aspects matériels du document sont à prendre en considération : le support, les dimensions, les encres, les modes de validation, les modes de pliage, voire la reliure… La mise en page, la mise en texte (et donc l’écriture) seront mis en relation avec ces caractéristiques formelles. Enfin, le volet iconographique : l’acte diplomatique est-il représenté et mis en scène (iconographie de l'acte et dans l'acte) ?
Actions
Pour ce faire, des réunions scientifiques seront régulièrement organisées autour des thèmes traités mais aussi afin de faire le point sur l’actualité de la recherche en diplomatique. Des publications d’actes suivront ces réunions, sur papier ou sous forme électronique. Un thème principal servira de fil conducteur aux recherches durant la durée du GDR (thème 1), les autres (thèmes 2 à 5) étant traités de manière plus ponctuelle, mais toujours en profondeur.
L’orientation des travaux et le suivi des différents axes du GDR seront assurés par un conseil scientifique composé d’un représentant de chacune des équipes du GDR. D’autres chercheurs et équipes seront associés aux travaux du GDR ultérieurement, de manière ponctuelle dans un premier temps.
Equipes
Les équipes principales et leurs responsables:
Morelle Laurent, équipe « Textes et corpus : typologie et numérisation-textes de la pratique », LAMOP-UMR 8589, CNRS, Paris / EPHE, Paris.
Ecole nationale des chartes
Ressources et composition de l'équipe
Ecole nationale des chartes: enseignements de diplomatique médiévale et moderne
Les cours sont ouverts, par semestre, et sous réserve d’inscription préalable, aux étudiants de master des établissements ayant signé une convention avec l’École des chartes (France ou Erasmus), ou au titre d’auditeur libre (inscription payante).
La semaine de rentrée commence le lundi 6 octobre 2008. Les cours se tiennent pour la plupart au 6-8 rue Jean-Calvin, 3e étage. Renseignements pratiques : http://www.enc.sorbonne.fr.
1° Diplomatique et archivistique médiévales, programme prévisionnel 2008-2009
(O. Guyotjeannin)
Cours de première année (second semestre)
- cours propre à la filière A (formation préalable en latin et histoire médiévale requise ; six premières semaines du semestre)
Introduction à la diplomatique ; examen de la forme des actes ; chronologie technique ; exercices de regeste. Un cours sera assuré par Smilja Marjanovic-Dusanic (Univ. Belgrade) sur la documentation serbe.
- cours propre à la filière B (tout le semestre)
Introduction à l’histoire médiévale et à la typologie de ses sources écrites. Un cours sera assuré par Smilja Marjanovic-Dusanic (Univ. Belgrade) sur les sources de l’histoire byzantine.
- cours commun aux deux filières (six dernières semaines du semestre à partir du 16 mars)
Sigillographie médiévale. Typologie des fonds et documents d’archives médiévaux.
Cours de deuxième année (premier semestre)
La tradition des actes médiévaux : originaux, minutes, copies et recueils de copies. Pratiques archivistiques médiévales. La tradition des sceaux. L’acte royal français 13e-15e ; les sceaux royaux. L’acte pontifical. L’acte privé.
Cours de troisième année
- premier semestre
Faux et critique des faux. L’étude de la genèse des actes. Exercices de commentaires de chartes.
- second semestre
Regards croisés sur les documents d’archives médiévaux : les comptabilités et leur exploitation par l’historien d’art (dont deux séminaires communs avec Philippe Plagnieux), la langue des actes (un séminaire commun avec Françoise Vielliard), les formulaires de chancellerie royale (un séminaire commun avec Olivier Poncet). Un exposé sera aussi assuré par Peggy Faye (Univ. du Québec à Montréal) sur les emplois du parchemin et du papier dans l’administration provençale, et un séminaire par Smilja Marjanovic-Dusanic (Univ. de Belgrade) sur les actes royaux serbes et leurs préambules.
2° Institutions, diplomatique et archivistique modernes, programme prévisionnel 2008-2009 (O. Poncet)
Cours de première année
- premier semestre : Archivistique des institutions de l’époque moderne : les producteurs.
Objet histoire des institutions France âge moderne. Etat-roi. Généralités sur les archives modernes. Conseil du roi. Chancellerie. Secrétariats d’État. Vénalité des offices. Intendants et gouverneurs. États provinciaux et villes. Église, université et hôpitaux.
- deuxième semestre : Archivistique des institutions de l’époque moderne : les logiques fonctionnelles.
Justice : les hiérarchies judiciaires. Justice d’attribution : l’exemple des justices consulaires. Féodalité moderne, domanialité.
Chambre des comptes. Nouveaux organes de gestion des finances : administration centrale des finances et bureaux des finances.
Fiscalité directe. Fiscalité indirecte et domaniale. Notaires. Ferme générale. Police et statistiques.
Cours de deuxième année
- premier semestre : Les sources de l’histoire sociale.
Historiographie. Instruments de travail. Epigraphie. Expression diplomatique de l’ordre social. Bourgeoisie. Noblesse. Bénéfices ecclésiastiques. Officiers. Fortunes, inventaires après décès.
- deuxième semestre : Diplomatique générale, royale et notariale.
Enjeux. Supports. Langue. Sigillographie et sceaux. Actes de chancellerie royale. Actes des secrétaires d’État. Actes du Conseil. Actes notariés (en particulier testaments).
Cours de troisième année
- premier semestre : Sources et institutions de l’histoire économique.
Historiographie. Monnaie. Conseil de commerce et grandes compagnies., Sociétés de commerce. Manufactures. Banque et crédit. Voies de communication. Amirautés, la France et la mer. Le gouvernement du Canada.
- deuxième semestre : Diplomatique spéciale.
Formulaires de chancellerie et usages du papier et du parchemin (séance commune avec O. Guyotjeannin).
Diplomatique entre tradition et modernité : documents pontificaux. Diplomatique et communication politique : suppliques, requêtes, mémoriaux. Diplomatique et savoirs marchands : comptabilités. Conquête militaire at acculturation diplomatique : le marché de l’écrit dans le nord de la France. Diplomatique et histoire politique : la déclaration royale de 1766 sur les défrichements.
Ecole nationale des chartes: recherches en diplomatique médiévale et moderne
Les activités de l’École nationale des chartes dans le domaine de la diplomatique médiévale et moderne sont programmées dans le cadre des activités de son équipe d’accueil (E.A. 3624, « Histoire, mémoire et patrimoine »), et en lien étroit, pour les corpus électroniques, avec le Centre de compétence numérique Telma. Elles sont présentées en détail sur son site.
Principaux projets diplomatiques en cours :
Corpus de textes :
Cartulaire blanc de Saint-Denis, édition en ligne progressive, version2 en développement (associera les images numérisées du cartulaire, les images numérisées et l’édition en ligne de l’Inventaire général des chartes de l’abbaye au XVIIe siècle)
Albums de documents : Album sur l’acte royal français XIIe-XVe siècle.
Outils bibliographiques : base Bède, Bibliographie des études diplomatiques et éditions de sources documentaires, France médiévale, depuis 1965
Principaux projets en cours de lancement :
Corpus de textes et études : l’acte royal français, XIe-XVIIIe siècle, évolution des types et du discours. – Les formulaires de la chancellerie royale, XIVe-XVIIe siècle. – Écrits du quotidien, XIIIe-XVIIIe siècle ; les Parisiens et l’écrit ; testaments enregistrés au parlement de Paris.
Albums de documents : ADEEL, Album de diplomatique européenne en ligne.